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Atelier Ratinaud : émail et or au pays de la porcelaine

INTERVIEW LAURENCE ET PHILIPPE RATINAUD réalisée par Elsa Vanier

Tous deux joailliers, Philippe et Laurence Ratinaud créent des bijoux d’esprit contemporain à la fois précieux et bruts intégrant des matériaux tels que le bois, l’émail ou la porcelaine. Ils ont remporté de prestigieux concours internationaux : lauréats « De Beers Diamonds awards » en 1998 et «Tanzanite Fundation Awards» en 2007.

En parallèle de leurs propres collections, ce duo de créateurs réalise des pièces pour de grandes maisons françaises. « Entreprise du Patrimoine Vivant », la qualité de leur technique sert la finesse de leurs observations : les veines de bois, les écorces, les brindilles ramassées en forêt sont évoquées dans leurs bijoux en or, associées à des gemmes originales et parfois au travail de l’émail.

Le couple Ratinaud crée des bijoux évocateurs, imprégnés de leur belle campagne du Limousin et de ses histoires de fées et de croyances. Une créativité pleine d’humour et de complicité, avec ce petit supplément d’âme qui rend chacun de leur bijou attachant.

Elsa Vanier est allée leur rendre visite récemment et partage leur parcours et leur complicité de plus de trente ans.

Laurence et Philippe, vous êtes tous les deux joailliers et travaillez ensemble depuis votre rencontre chez le grand joaillier Poiray à la fin des années 80. Comment fonctionne votre duo ? 

LR : Côté conception, nos créations, qu’elles soient spontanées ou qu’elles répondent à une commande, sont toujours l’objet d’un échange entre nous. Ces échanges se nourrissent d’idées souvent contradictoires, ils peuvent être assez vifs mais ils aboutissent généralement et heureusement à quelque chose de concret !

PR : Une fois la direction déterminée, Laurence met les idées en dessin et travaille à la mise en volume. Je prends ensuite en charge la construction de l’objet à l’établi.

Votre installation à Limoges est bien postérieure à vos débuts professionnels. Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

LR : « Oui, Philippe a étudié à HBJO, aujourd’hui nommée Haute École de joaillerie, située rue du Louvre à Paris et moi à l’école de Saint-Amand-Montrond, puis nous nous sommes rencontrés chez Poiray. 

Quelques temps après, Philippe a décidé de s’installer à son compte. Jusque-là, le parcours est classique. Mais une opportunité nous amène aux Philippines où nous avons travaillé pour Jewelmer, une société fondée aux Philippines par un formidable entrepreneur breton qui avait développé une ferme perlière. Je dessinais et ai développé plusieurs collections de bijoux en perles, dont la fabuleuse perle gold des Philippines, quant à Philippe, il gérait une équipe d’une quarantaine de bijoutiers. Nous avons passé deux années formidables à Manille et nous avons beaucoup voyagé en Asie mais nous n’imaginions pas vivre toute notre vie là-bas et sommes finalement revenus en France. En 1992, nous nous sommes donc installés à Limoges, ville natale de Philippe, au cœur du vert Limousin…

 « Peut-on évoquer vos collaborations avec les maisons de haute-joaillerie ? »

LR : Oui, mais ces collaborations sont confidentielles et nous ne pouvons citer de noms. Ces maisons font appel à nous pour des projets mettant en œuvre des savoir-faire exceptionnels comme ceux que requièrent les automates par exemple. Nous sommes particulièrement reconnus pour notre expertise d’émaillage sur métaux précieux..

Justement, parlez-nous de « l’émail », puisque vous êtes reconnus comme spécialistes de cette matière revenue sur le devant de la scène depuis peu…

LR : « lors de notre installation à Limoges nous nous sommes tout naturellement tournés vers les savoir-faire locaux tels que la porcelaine et l’émail pouvant être appliqués aux bijoux. En ce qui concerne la porcelaine, nous avons rejoint rapidement l’association « Esprit Porcelaine » un club très actif qui rassemble créateurs et artisans de Limoges. Quant à l’émail grand feu sur le métal, je me suis très vite passionnée pour cet art qui demande une grande dextérité dans différentes techniques comme le champlevé, le cloisonné, l’émail peint et le plique-à-jour.

Rien à voir avec le laquage ou les résines appliquées sur les bijoux pour les colorer, l’émail fait appel à des techniques ancestrales, délicates, précieuses, et en contrepartie, très exigeantes.

L’émaillage, c’est un art du feu, réalisé à partir de verre de couleur réduit en poudre que l’on applique au pinceau sur une surface métallique. Cette poudre fond aux alentours de 800°, devenant une matière vitreuse plus ou moins translucide et dont la couleur n’aura parfois plus rien à voir avec la couleur initiale. (Voir photo ci-dessous). Quand la poudre est posée en suspension entre 2 bords métalliques, la technique, très délicate se nomme plique-à-jour et son effet translucide est incomparable. 

Sur quoi travaillez-vous en ce moment et quels sont vos projets ?

PR : « Nous développons toute une collection associant l’or, l’argent, l’émail et la porcelaine… Les bijoux évoquent aussi bien nos souvenirs d’Asie que nos promenades dans la nature voisine. Nous continuons également nos collaborations avec la haute joaillerie. Elles sont enrichissantes à tous points de vue, techniques, professionnels tout en nous aidant à rester des créateurs indépendants. »

En 2009, vous avez reçu le label « Entreprise du patrimoine vivant », qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Ce label valorise les savoir-faire et la créativité. Après avoir déposé un dossier, nous nous sommes entretenus avec des experts et l’État nous a attribué le label EPV qui est remis en jeu tous les cinq ans. C’est la reconnaissance de notre travail, de notre démarche de qualité et de créativité. Ce label crée une relation de confiance entre les entreprises labellisées et rassure les clients particuliers qui connaissent cette distinction.