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De Boivin à Sotheby's : l'héritage flamboyant de Suzanne Belperron aux enchères

De Boivin à Sotheby's : l'héritage flamboyant de Suzanne Belperron aux enchères

Plus de 5 millions de dollars. C’est le montant atteint par la vente "Héritage d'élégance" à Sotheby's New York début décembre 2025, où 24 bijoux Suzanne Belperron des années 1930-1950, issus d'une collection privée anonyme, ont pulvérisé les estimations.

Ce qui confirment les bijoux Belperron de seconde main comme un investissement, avec des rendements annuels accrus à 15-20% sur 10 ans, loin devant l'or ou les montres de luxe.

 

 

Des origines jurassiennes à la conquête des élites

Née Maria Suzanne Vuillermet le 20 janvier 1900 à Saint-Claude, petite ville montagneuse du Jura français réputée pour ses traditions artisanales du bois et du cristal de roche, Suzanne Belperron démontre dès l'enfance un talent précoce et intuitif pour la sculpture. Issue d'un milieu modeste, elle sculpte dès ses jeunes années des figures animales et des formes organiques dans le bois local et le quartz clair extrait des carrières jurassiennes, développant une sensibilité aux courbes fluides et aux matières naturelles qui marquera toute sa carrière.

 

Apprentissage chez René Boivin

À 18 ans, en 1919, elle intègre comme apprentie la Maison René Boivin, joaillerie emblématique de l'Art déco parisienne fondée en 1890 par René Boivin et sa femme Jeanne, pionnière de la joaillerie féminine. Là, sous la tutelle de Juliette Boivin, elle perfectionne ses techniques de modelage en cire et de sertissage, passant rapidement de simple exécutante à conceptrice. Elle épouse en 1928 Jean Belperron, directeur commercial de la maison, adoptant son nom d'usage tout en gravissant les échelons jusqu'à devenir directrice artistique en 1932. Elle y impose un style novateur : lignes asymétriques, volumes sculpturaux inspirés de la nature (torse humain, animaux stylisés, épis de blé), et usage audacieux de gemmes "semi-précieuses" ou "fines"comme la calcédoine, la cornaline ou le jade, avec un sertissage invisible révolutionnaire qui libère les pierres de leurs chatons traditionnels.

 

Direction chez Herz-Kerz et indépendance

En 1932, après le décès de René Boivin, elle quitte la Maison avec son époux pour rejoindre Herz (souvent orthographié Kerz), joaillerie de luxe fondée en 1887 par Bernard Herz et dirigée ensuite par son fils Hartwig Herz, autre pilier de la Place Vendôme. De 1932 à 1970, en tant que directrice artistique exclusive, elle conçoit plus de 3 500 pièces par an, habillant l'élite cosmopolite : la duchesse de Windsor commande en 1937 une parure spectaculaire en calcédoine et diamants ; la mondaine Elsa Maxwell, les actrices Dolores del Rio et Elsa Lanchester ; les mécènes comme la comtesse de Chasseloup-Laubat ou le maharadjah de Indore. Coloriste hors pair, elle excelle dans les associations audacieuses (onyx noir et cristal de roche translucide, or martelé "vierge" non poli texturé comme une peau), des formes biomorphiques avant-gardistes (ceintures serpent, boucles d'oreilles en forme de reins ou de pattes d'insectes) et des volumes massifs mais légers grâce à des vides judicieux. Par fierté artisanale et pour protéger les secrets des maisons, elle refuse obstinément de signer ses créations, affirmant : "Mon style est ma signature". 

 

Style et innovations avant-gardistes

Après 1970, elle exerce en indépendant jusqu'à sa retraite en 1980, totalisant plus de 60 ans de créations. Avant-gardiste dans l'âme, l'identité de Belperron rejette les motifs géométriques rigides de l'Art déco classique au profit d'un organique sensuel, influencé par l'Art nouveau, les sculptures archaïques et les formes érotiques : torses gainés, hanches voluptueuses, cornes spiralées. Elle révolutionne la joaillerie par le "sertissage invisible", l'usage massif de pierres fines et ornementales (quartz, agate, amazonite), d'or texturé imitant la peau ou l'écorce. Ses pièces, portables et sculpturales, préfigurent le bijou contemporain, osant l'asymétrie, les tailles cabochons XXL et des couleurs vives opposées au minimalisme diamanté de Cartier ou Van Cleef & Arpels, alors ambassadeurs de l'époque Art Déco.

 

Oubli post-guerre et redécouverte aux enchères

Tombée dans l'oubli après la Seconde Guerre mondiale – due à l'anonymat imposé (ni Boivin ni Herz ne signaient), au décès de ses mécènes, à la mort de Hartwig Herz en 1970 et au déclin de ces Maisons familiales –, son œuvre reste ignorée des historiens jusqu'aux années 1980.

Sa consécration renaît alors via les ventes aux enchères : en 1985, Sotheby's vend un collier rare ; en 1993, Christie's disperse la collection de la comtesse de Madrid ; culminant en 2008 avec la vente Geneva de 1,2 million CHF pour un bracelet "reins", puis en 2018 chez Christie's New York où une parure atteint 200 000 USD. Ces adjudications records, alimentées par des expertises d'Olivier Baroin (petit-fils de Jean Belperron), ravivent l'intérêt des collectionneurs, musées (MAD Paris) et maisons comme Boucheron qui rachètent son stock en 2017 pour des rééditions. Aujourd'hui, ses pièces se négocient jusqu'à 500 000 €, célébrant une pionnière anonyme devenue icône.

 

Belperron : l'événement Sotheby's qui ravit le mythe

Organisée le 8 décembre 2025, cette vente a réuni 150 collectionneurs en salle et en ligne, avec 85% des lots vendus au-dessus des estimations hautes. Catharine Becket, responsable bijoux chez Sotheby's, qualifiait cette série de "parfaite harmonie de formes organiques et matériaux innovants". Ce triomphe prolonge une reconnaissance tardive, amorcée par la redécouverte de ses 3 500 dessins d'archives en 2007 chez Herz-Belerpon, validant des milliers de pièces anonymes.

 

L'héritage qui transcende les époques

Dans un marché de bijoux vintage en hausse de 12% annuel (rapport Art Market Research 2025), Belperron excelle par sa portabilité : des pièces légères en matériaux vierges, cristal, agate.... Leur revente est fluide : 1stdibs ou Sotheby's recyclent vite à +30% ; ex. une parure 1950 achetée 150 000 € en 2020 revenu 280 000 € en 2025. Aujourd'hui encore, son ADN intemporel : courbes biomorphiques, innovations comme le godronnage... inspire Schiaparelli ou autres créateurs contemporains, tandis que l'exposition Art Déco au MAD (2025-2026) renforce sa visibilité. En janvier 2026, sa cote reste ascensionnelle, un refuge actif face aux turbulences financières.

 

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