Les couturiers qui surfent sur la vague joaillière
Des ateliers de couture aux ateliers de joaillerie, une même main, un même regard, un même souci du geste parfait. Hier, les maisons Chanel, Dior ou Louis Vuitton se “contentaient" de magnifier les corps en étoffes. Aujourd'hui, elles le parent aussi de lumière. En transposant leur langage stylistique dans le métal précieux, ces Maisons de Haute Couture ne se contentent plus d'habiller les corps, mais les sculptent : c'est pourquoi nous les qualifierons comme : "les couturiers de la joaillerie".

Les maisons aux lignes joaillières iconiques
Chanel, la modernité du noir & blanc
Fondée en 1910, la Maison Chanel sous l'impulsion de Gabrielle "Coco Chanel" développe dès 1932 une vision pionnière de la haute joaillerie avec Bijoux de Diamants, première collection de bijoux précieux imaginée par une couturière et entièrement consacrée au diamant, transposant le vocabulaire noir et blanc de la couture dans l’éclat minéral. Ce premier geste joaillier, à la fois continu et autonome par rapport aux collections de mode, installe une grammaire intemporelle qui irrigue encore les lignes Camélia, Comète, Ultra et Coco Crush où le bijou prolonge la silhouette plutôt qu’il ne la surchargent, dans un même souci de sobriété graphique, de modernité et surtout d'élégance parisienne.
Dior et sa délicatesse sauvagement florale
Créée en 1946, la maison Christian Dior bâtit d’abord sa légende autour de la couture avant de se lancer dans le métal et les pierres en créanr Dior Joaillerie en 1998 avec l’arrivée de Victoire de Castellane comme directrice artistique, faisant des bijoux un véritable récit parallèle aux robes, nourri de fleurs, d’étoiles et de jardins imaginaires.
En effet, la Maison Dior tisse un lien poétique et continu avec ses collections de mode : des lignes iconiques comme Rose des Vents, My Dior, et Mimioui traduisent en or, en pierres fines et en diamants la délicatesse féminine, la fantaisie narrative et l’esprit Couture qui signent son identité.
Louis Vuitton : du voyage à la parure
Louis Vuitton, fondé en 1854 comme malletier dédié à l’art du voyage, n’entre dans l’univers joaillier que bien plus tard, lançant ses premières collections de joaillerie en 2008 sous la direction de Francesca Amfitheatrof qui transpose dans le métal précieux les codes de ses malles, de ses serrures et de son monogramme. Cette entrée, distincte mais étroitement liée à son héritage de maroquinier et de créateur d’objets de voyage, donne naissance à des lignes phares comme B Blossom, Clous et Empreinte, où le bijou devient une synthèse de voyage, d’audace graphique et de sophistication contemporaine.
Hermès : du cuir au métal
Fondée en 1837 comme sellier, la Maison Hermès a progressivement fait évoluer son expertise du cuir vers l’orfèvrerie, en métamorphosant ses codes équestres en bijoux et en pièces métalliques qui prolongent le dialogue avec la maroquinerie et les collections de prêt-à-porter. Hermès met à l’honneur une joaillerie de ligne en insérant du cuir, inspirée des harnais comme dans Collier de Chien, ou réutilisant les codes de ses emblématiques sacs avec la collection Kelly qui explore le fermoir ou Farandole et Chaîne d'Ancre autour du maillon, toujours dans une continuité naturelle avec la mode, une transformation du fonctionnel en art joaillier.
Gucci : du streetwear-chic à la joaillerie
Née en 1921 à Florence, la Maison Gucci, d’abord spécialiste de la maroquinerie puis acteur majeur du prêt-à-porter, entre formellement dans la joaillerie en 2019 sous l’impulsion d’Alessandro Michele, qui y transpose son univers baroque et romantique. La Maison se fait connaître pour sa collection Icon, qui reprend le logo iconique de la Maison, gravé dans le métal précieux et parfois décoré de diamants.
Le choix des pièces uniques
Certaines Maisons privilégient une joaillerie narrative et poétique où le bijou transcende sa fonction ornementale pour devenir extension imaginative du corps, opposant à la rigueur géométrique des architectes une audace conceptuelle, une fluidité romantique et un foisonnement baroque.
C'est le cas de la Maison Schiaparelli, fondée en 1927 par Elsa Schiaparelli. Sous la direction artistique de Daniel Roseberry, elle est reconnue pour ses pièces sculpturales audacieuses comme broches-cœurs monumentales, bijoux-œil ou lèvres qui incarnent le surréalisme en art corporel.
Elie Saab, établi en 1982, intègre dès les années 2000 à ses robes de gala des créations fluides en cristaux et lignes ondulantes, à l’image de la collection Ondine aux colliers aériens. Alaïa, née en 1964, prolonge son esthétique corporelle dans des manchettes organiques épousant les courbes comme une seconde peau.
Prada, issue d’une maroquinerie de 1913 et couture depuis 1978, questionne le luxe avec des lignes asymétriques en or et résine ou motifs floraux déconstruits en dialogue ironique avec ses silhouettes conceptuelles.
Dolce & Gabbana s'est d’abord affirmée à travers une couture sensuelle inspirée de la Sicile, avant de se tourner vers la joaillerie à partir du début des années 2010, en développant des collections qui font écho à ses défilés baroques, qui se traduitsent par des lignes riches en symboles religieux, médailles, cœurs sacrés, mosaïques et pierres colorées, où chaque bijou prolonge le récit méditerranéen de la Maison et se porte comme un fragment de sanctuaire intime plus que comme un simple accessoire décoratif.
Valentino, fondé en 1960, insuffle une sensualité rock-romantique à ses boucles Rockstud pyramidales et pendentifs floraux en écho poétique à ses robes fluides.
Ainsi unifiées par une même quête d’émotion sculptée, ces visions uniques - surréalistes, aériennes ou théâtrales - font du bijou une œuvre vivante priorisant la poésie sur la structure, en parfaite continuité avec l’imaginaire couture de chaque maison.
Des bijoux "modes" : la joaillerie accessible
Architectures minimalistes et graphiques
Balenciaga excelle dans les géométries rigides et volumes sculpturaux, avec logos destructurés (Nano, BB Icon, gamme Métal) et charmes accumulés (horoscope, accessoires quotidiens), perpétuant l'approche architecturale de Demna Gvasalia. Saint Laurent prolonge ce minimalisme rock via des chaînes modulables, des bagues en or massif apparentes et formes épurées (YSL Signature, bracelets géométriques), lancées en 2023 sous Anthony Vaccarello. Givenchy ajoute une touche gothique surréaliste avec des chaînes colliers, des broches graphiques et des motifs décalés post-2000, notamment sous Riccardo Tisci.
Objets design intemporels
Bottega Veneta transforme l'Intrecciato en bijoux mode plaqués (depuis 2006), évoluant vers des volumes purs comme Drop et Twist sous Matthieu Blazy, où la matérialité première sur l'ornement. Maison Margiela pousse le concept avec des déconstructions asymétriques, des boucles dépareillées et une provocation intellectuelle sous John Galliano, faisant du bijou un vecteur d'expression.
Romantisme bohème et talismans
Chloé incarne la féminité douce à travers des colliers fins (Darcey), des bagues Alphabet et des bracelets gravés, comme des talismans quotidiens. Valentino marie perles et floraux rococo (Rockstud Pearl), dialoguant avec des robes vaporeuses pour légèreté sophistiquée sous Pierpaolo Piccioli.
Baroque théâtral et maximaliste
Versace explose en dorures mythologiques (Méduse, bracelets larges), sensualité exubérante sous Donatella Versace. Balmain impose des masses ornées et XXL (colliers superposés, boucles sculpturales) avec Olivier Rousteing.
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